Theresa May sera le nouveau premier ministre britannique dès ce mercredi soir. La course à la succession de David Cameron, qui devait s'étaler pendant l'été jusqu'au 9 septembre, a pris fin avec le retrait d'une des deux candidates. Andrea Leadsom a jeté l'éponge, trois jours après avoir été sélectionnée, ouvrant la voie au couronnement de sa rivale Theresa May pour entrer beaucoup plus vite que prévu à Downing Street.

Prise de cours, cette dernière était à Birmingham pour un discours de campagne. Elle s'est alors précipitée pour rentrer à Londres. Elle s'est déclarée «extrêmement honorée» de la mission qui l'attend. Son intronisation comme nouveau chef du Parti conservateur doit être confirmée dans la journée par son état-major. David Cameron a annoncé qu'il notifierait la reine de sa démission mercredi. La souveraine pourra alors confirmer la nomination de Theresa May.

Enclencher le processus du Brexit le plus rapidement possible
Le Parti conservateur, profondément divisé par le référendum sur l'Europe, se retrouve uni derrière Theresa May, qui n'a pas fait campagne pour le Brexit. Elle s'était prononcée pour le maintien dans l'Union européenne, sans toutefois montrer beaucoup de zèle pour faire campagne dans ce sens. Pour rassurer les 60% de Tories qui ont voté pour quitter l'UE, elle a rappelé lundi que «le Brexit signifie le Brexit» et exclu toute tentation de revenir sur le vote des Britanniques. Elle a été désignée candidate par 199 voix des 330 députés conservateurs jeudi dernier, face à Andrea Leadsom, qui avait recueilli 84 voix.

Cette dernière a donc créé la surprise en lâchant l'éponge au tout début de la campagne interne d'élection du leader conservateur. Dans une déclaration, elle a justifié lundi matin sa décision par le manque de soutien dont elle disposait au sein du parti et au Parlement. Elle a également invoqué la nécessité d'enclencher la transition de l'exécutif et le processus du Brexit le plus rapidement possible. Theresa May «est idéalement placée pour le mettre en œuvre, elle a promis de le faire», a-t-elle déclaré. «Les intérêts de notre pays seront mieux défendus par la nomination, sans attendre, d'un premier ministre ayant les coudées franches, disposant d'un large soutien», a ajouté Andrea Leadsom.

Attaques personnelles

Son retrait intervient après un week-end de violentes polémiques entourant sa candidature. Une interview dans le Times samedi dans laquelle elle se disait mieux placée pour être premier ministre en tant que mère de famille, alors que Theresa May n'a pas d'enfant, s'est retournée contre elle. Elle a dû s'excuser dans un autre entretien au Telegraph lundi matin.

Relative novice en politique, Andrea Leadsom a également dû s'expliquer sur son CV dans la finance apparemment embelli par rapport aux fonctions réellement occupées durant sa carrière dans la City. Son entourage a dénonc les «attaques personnelles» dont elle a fait l'objet.

Issue de la faction la plus à droite des tories, elle incarnait une candidature de type «Tea Party», soutenue par le souverainiste Ukip (United Kingdom Independence Party), non sans parenté avec le populisme d'un Donald Trump. La tentative aura donc tourné court. Avec son retrait, ce sont tous les leaders du Brexit qui sont hors course, après Boris Johnson, Michael Gove et Nigel Farage. Johnson et Gove se sont rangés derrière la candidature unique de Theresa May.

Au Labour, Angela Eagle défie Jeremy Corbyn

Pour la deuxième fois en dix jours, Angela Eagle est court-circuitée par les Tories. La députée travailliste avait reporté sa déclaration de candidature à la tête du parti quand Theresa May avait annoncé son entrée en lice chez les conservateurs. Lundi, son annonce a été éclipsée par celle du retrait d'Andrea Leadsom. «Jeremy Corbyn est incapable d'apporter le leadership dont ce parti a besoin. Je crois que je le suis», a-t-elle déclaré, forte du soutien d'une majorité des députés travaillistes. Une nouvelle élection du chef du Labour va donc se dérouler. Toute la question est de savoir si Corbyn, qui n'entend pas baisser les bras malgré la défiance de 80% de son groupe parlementaire, pourra se représenter. L'état-major du parti doit le confirmer mardi. Si tel est le cas, il a de grandes chances d'être réélu car il reste très populaire parmi la base des militants. Et s'il est réélu, une scission pourrait se produire au sein de la gauche britannique.