Une campagne de haine contre les Haïtiens en Republique Dominicaine s'intensifie

Posted by Le Monde on Wednesday, February 25, 2015 Under: Crimes



Le cadavre d’un jeune Haïtien a été retrouvé mercredi 11 février, pendu à un arbre du parc Ercilia Pepin à Santiago, la deuxième ville de la République dominicaine. La victime, un cireur de chaussures d’une vingtaine d’années, dont la police n’a pu obtenir que le surnom, « Tulile », a été roué de coups et poignardé avant d’être pendu, pieds et poings liés. Ce meurtre a été commis quelques heures après une manifestation anti-haïtienne dans le quartier de Los Ciruelitos, au nord de Santiago. Visage masqué, les manifestants ont brûlé un drapeau haïtien et exigé l’expulsion des migrants venus de la République voisine.

Dix jours plus tôt, quatre journalistes, parmi les plus connus de la télévision dominicaine, ont dénoncé les menaces de mort qu’ils ont reçues d’individus se présentant comme des « patriotes » qui les accusent d’être complices d’un supposé « plan de fusion de Haïti et de la République dominicaine fomenté par la communauté internationale ». Les quatre journalistes, Roberto Cavada, Amelia Deschamps, Juan Bolivar Diaz et Huchi Lora, ont été qualifiés de « traîtres à la patrie » par ces « nationalistes » pour avoir défendu le droit à la citoyenneté de dizaines de milliers de descendants de migrants haïtiens dépouillés de leur nationalité dominicaine par une sentence rétroactive et controversée du tribunal constitutionnel datant de septembre 2013.

« L’objectif de ces menaces de mort est de nous faire taire, non seulement sur le dossier haïtien mais aussi sur d’autres sujets de la vie nationale », dit Juan Bolivar Diaz. « Le principal idéologue de cette campagne de mort et de haine est la Force nationale progressiste », ajoute-t-il. Ce petit parti d’extrême droite allié du gouvernement a fait de la lutte contre « l’haïtianisation » de la République dominicaine son principal cheval de bataille.

Plan de régularisation

L’ampleur des réactions de la communauté internationale et des organisations de défense des droits humains après la sentence du tribunal constitutionnel qui menaçait de transformer en apatrides près de 200 000 Dominicains descendants de migrants haïtiens a contraint le gouvernement à faire voter, en mai 2014, une loi restituant leur nationalité à une partie des personnes affectées. Les autorités ont aussi annoncé un plan de régularisation des migrants sans papiers, pour la plupart haïtiens, dont le nombre est estimé à plus de 450 000.

La première phase du programme concernant les descendants de migrants nés sur le sol dominicain a pris fin le 1er février. « C’est un échec, seules 8 755 personnes ont pu s’inscrire en raison des obstacles bureaucratiques, du manque d’information, de la confusion entretenue par les fonctionnaires chargés d’appliquer la loi, de la mauvaise volonté des hôpitaux pour délivrer des certificats de naissance et des restrictions à la liberté de circulation imposées par les autorités militaires », dénonce Ana Maria Belique, la porte-parole de l’ONG Dominicanos por Derecho.

Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’est dit préoccupé par l’application de la loi de naturalisation de 2014 et a instamment demandé à la République dominicaine de « garantir la nationalité à toutes les personnes, y compris les enfants, nés avant la Constitution de 2010 [qui a mis fin au droit du sol] ». Roque Feliz, le directeur de Centre Bono, qui assiste les migrants et leurs descendants, déplore « le manque de volonté politique » des autorités. « La condition d’apatride de ceux qui n’auront pu régulariser leur situation va se formaliser », dit-il. Exclus de tout droit, ils pourront être expulsés vers Haïti, un pays où ils ne sont pas nés et où ils n’ont jamais vécu. Les autorités dominicaines ont averti que les expulsions de sans-papiers, suspendues durant le plan de régularisation, reprendraient lorsqu’il aura pris fin, en juin prochain.

In : Crimes 



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