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 Les Haïtiens se sont réveillés lundi avec un nouveau gouvernement de consensus dont la mission sera de combler un dangereux vide politique et d’organiser des élections d’ici décembre.

Faute d’élections législatives, le mandat du parlement haïtien a expiré la semaine dernière, faisant du président, Michel Martelly, le seul dirigeant élu du pays, alors que les manifestations d’opposition ne faiblissent pas.
 
M. Martelly a tenté de calmer la situation en nommant premier ministre Evans Paul, figure de l’opposition, et en s’engageant à organiser des élections avant la fin de l’année. Mais la nomination d’Evans Paul n’a pas été ratifiée par le Parlement sortant, affaiblissant sa légitimité constitutionnelle. Lundi, il a tout de même nommé 34 ministres et secrétaires d’État.
 
Dans le communiqué annonçant le nouveau gouvernement, la présidence souligne que le choix des membres du gouvernement s’est fait « en accord avec le président de la République » et « conformément à la Constitution ».

Alliés et amis

La plupart sont des revenants de l’équipe du précédent premier ministre, Laurent Lamothe, riche allié et grand ami de Michel Martelly. M. Lamothe a démissionné en décembre. Le maintien en place de ces ministres devrait décevoir les manifestants d’opposition, qui sont revenus dans la rue ce week-end pour réclamer, une nouvelle fois, la démission immédiate du président haïtien, en place depuis mai 2011. Les opposants de l’ancien chanteur populaire devenu homme politique l’accusent d’avoir manipulé la crise pour gouverner par décret, l’assimilant aux anciens dictateurs haïtiens.

En retour, son camp accuse l’opposition d’avoir empêché la tenue d’élections en refusant de voter une nouvelle loi électorale qui aurait créé une commission pour contrôler le scrutin.

La communauté internationale s’inquiète des effets de la crise politique sur la reconstruction, cinq ans après le séisme dévastateur de 2010, qui a fait plus de 300 000 morts à Port-au-Prince et dans la région. Haïti était déjà, avant le tremblement de terre, l’un des pays les plus pauvres de la planète. Son histoire est marquée par une succession de dictatures et de cycles de violences, et les Casques bleus sont déployés sur l’île depuis 2004.

Visite de l’ONU
 
Le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé en octobre pour un an le mandat de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Mais il a divisé par deux ses effectifs militaires, qui passeront à 2370 soldats, pour tenir compte de l’amélioration de la sécurité. Le nombre de policiers a cependant été maintenu à 2600 hommes.

De vendredi à dimanche prochain, les ambassadeurs du Conseil se rendront à Port-au-Prince pour examiner la situation sur place, et encourager la tenue d’élections.

Le 11 janvier, Michel Martelly et des représentants de plusieurs mouvements politiques haïtiens avaient conclu un accord pour former un gouvernement et organiser des élections législatives, territoriales et présidentielle en 2015.

Un nouveau conseil électoral de neuf membres doit aussi voir le jour, avec des représentants choisis par des institutions comme les églises catholique, protestante et la religion populaire vaudou, le secteur paysan, les organisations de femmes et patronales ainsi que les syndicats, la presse et l’université. Le gouvernement et les partis politiques ne devraient pas être représentés au sein de l’organisme électoral.

Les États-Unis et l’Union européenne ont salué cet accord. Mais dans un coup de fil vendredi, le vice-président américain Joe Biden a fait part de sa « déception » que le parlement n’ait pas voté de loi électorale à temps.