Un an après le limogeage du patron de la police judiciaire parisienne Christian Flaesh, accusé d'avoir prévenu Brice Hortefeux qu'il allait être convoqué dans une enquête liée au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, c'est au tour de son successeur à la tête du 36, quai des Orfèvres, Bernard Petit, d'être soupçonné de « violation du secret de l'instruction ».

Mercredi 4 février, le patron de la PJ parisienne, son directeur de cabinet, Richard Atlan, ainsi que le syndicaliste Joaquin Masanet, président de l'Association nationale d'action sociale des personnels de la police nationale (ANAS), et Philippe L., l'un de ses collaborateurs, ont été placés en garde à vue dans les locaux de l'Inspection générale de la police (IGPN). La veille au matin, c'est le siège de l'ANAS qui avait été visé par une perquisition, selon des informations du Monde.

Ce nouveau scandale qui ébranle le sommet de la PJ parisienne a été découvert incidemment, tandis que les juges d'instruction Roger Le Loire et Charlotte Bilger enquêtaient sur une affaire de corruption dans l'octroi de titres de séjour impliquant « l'escroc des stars » Christophe Rocancourt, l'ancien secrétaire d'Etat chargé de l'intégration Kofi Yamgnane et Christian Prouteau, le créateur du GIGN.


UN ÉTRANGE BALLET DE COUPS DE TÉLÉPHONE ET DE SMS

C'est en auditionnant ce dernier, le 7 octobre 2014, que les enquêteurs découvrent stupéfaits que l'ancien super gendarme est parfaitement renseigné des faits qui lui sont reprochés. Durant sa garde à vue, Christian Prouteau leur lance qu'il a été informé de sa convocation et de ses motifs par un certain Philippe L., collaborateur de Joaquin Masanet à l'ANAS. Les juges chargent aussitôt l'IGPN d'une enquête pour « violation du secret de l'instruction ».

Les enquêteurs de la « police des polices » découvrent qu'un étrange ballet de coups de téléphone et de SMS relie quatre personnes dans les jours qui précèdent la convocation de Christian Prouteau. Entre le 3 et le 7 octobre, de nombreux contacts sont retracés entre Bernard Petit, Richard Atlan, Christian Prouteau et Philippe L. Le téléphone de ce dernier a par ailleurs « borné » (géolocalisé) dans les environs du « 36 » la veille de l'audition de M. Prouteau, quelques heures avant un rendez-vous entre les deux hommes, selon des informations du Monde.

L'aveu de Christian Prouteau, étayé par les contacts téléphoniques entre ces quatre personnes, suffira-t-il à établir une « violation du secret de l'instruction » ? Les enquêteurs soupçonnent en tout cas fortement Christian Prouteau d'avoir appelé Philippe L. pour en savoir plus sur les faits qui lui étaient reprochés. Ce dernier aurait alors, avec l'aval du patron de l'ANAS, Joaquin Masanet, récupéré des informations auprès de Bernard Petit et de son directeur de cabinet.

« Si au terme de ces gardes à vue, il apparaît que des manquements graves ont été commis par des policiers ou d'anciens policiers, je serai d'une fermeté absolue et je serai intraitable », a prévenu, le visage ferme, le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, dans la cour de l'Élysée, à l'issue du conseil des ministres.

Il s'agit d'un nouveau tremblement de terre dans l'institution du « 36 », déjà ébranlée par le limogeage de Christian Flaesh en décembre 2013, l'affaire du viol d'une touriste canadienne dans les locaux de la BRI le 22 avril 2014 et le vol unique dans les annales policières de 52 kg de cocaïne par un policier de la brigade des stups de la PJPP fin juillet.