La Tanzanie interdit la sorcellerie pour lutter contre le trafic d'organes d'albinos


En Tanzanie et dans les pays voisins, certaines croyances veulent que les organes des albinos soient porteurs de chance ou de richesse. D'où un trafic qui a fait 70 morts au cours des dernières années.

Selon l'ONU, plus de 70 albinos ont été tués en Tanzanie depuis l'an 2000. D'autres ont été mutilés à l'issue d'enlèvements ou d'attaques. Autant de crimes qui seraient en grande partie orchestrés par des sorciers et autres marabouts. Afin d'endiguer ce fléau, qui menace quelque 33 000 individus déficients en mélanine, d'après la BBC, le ministère de l'intérieur tanzanien a annoncé lundi l'interdiction de la sorcellerie.

Un bras pour 2000 dollars

Certaines croyances de ce pays d'Afrique de l'Est attribuent des vertus magiques aux membres et organes des albinos, les reliant à la chance, au bonheur ou à la richesse. Croyances qui ont débouché sur un véritable trafic d'organes. Selon un reportage publié sur Rue89, certains sorciers seraient prêts à payer des gangs ou des tueurs cupides pour un rein ou un foie en l'échange de quelques milliers de dollars. Ainsi, un bras d'albinos coûterait près de 2000 dollars.

L'interdiction ne vise pas les guérisseurs traditionnels qui utilisent notamment les plantes pour soigner leurs patients. Elle s'accompagnera d'une vaste campagne de communication à travers le pays. Intitulée "En finir avec les meurtres d'albinos", la campagne devrait sensibiliser la population mais aussi aider à recueillir des informations pour éviter les enlèvements ou les meurtres.

Une force d'intervention spéciale


La décision d'interdiction intervient après l'enlèvement, fin décembre, d'une fillette albinos de quatre ans portée disparue depuis. La petite victime, Pendo Emmanuelle Nundi, a été enlevée le soir du 27 décembre dans le district de Kwimba (province de Mwanza) par des inconnus armés de machettes qui avaient auparavant neutralisé son père. Quinze suspects, dont son père et deux de ses oncles, ont été arrêtés. Promettant l'aide de l'ONU, le coordinateur des Nations unies dans le pays, Alvaro Rodriguez, a demandé aux autorités tanzaniennes de faire de cette affaire "la plus haute priorité". 

La campagne, qui doit débuter dans deux semaines dans les régions septentrionales de Mwanza, Geita, Tabora, Simiyu et Shinyanga, les plus touchées, passera par la création d'une force d'intervention associant policiers, autorités locales et membres de la Société tanzanienne des albinos.