Le drapeau estampillé « Haiti is open for business » est en berne. Le slogan pro affaire n’a plus la cote. Les hommes d’affaires haïtiens n’en veulent pas, la mayonnaise n’a pas pris.
« Haiti is open for buisiness », plus personne n’en parle ces derniers jours. Ni le président de la République, ni le Premier ministre, ni le nouveau ministre de l’Economie et des Finances n’ont fait mention de ce leitmotiv dans leurs dernières prises de parole en public.

Aucun nouveau slogan n’est non plus mis en avant.

Ce mercredi, alors que s’ouvre le forum économique de Davos, en Suisse, le premier ministre Evans Paul a participé à la messe de célébration de la fête de Notre-Dame de Fatima à Delmas. Autre temps, autre lieu. Est-ce à dire que le magasin Haïti est fermé et les stores baissés ? Que nous n’avons plus les moyens ni l’envie de payer la sauce plus chère que le poisson ?
Dans le 44e mois après l’accession au pouvoir de Michel Martelly, pris entre les élections à faire et le pays à faire marcher, un nouveau gouvernement, qui n’a pas connu l’épreuve du passage devant le Parlement, nous arrive sans slogan en bandoulière. Est-ce à dire qu’il n’y a pas de projet ? Est-ce à dire que le poids des contraintes pèse lourd sur l’épaule des illusions ?

On ne sait pas trop. Rien n’est clairement dit.

Pourtant, dans son discours d’installation, Wilson Laleau n’a pas caché « qu’en matière de développement économique et de progrès social et humain, notre histoire récente nous l’a prouvé, tout l’argent du monde, toute la technologie accumulée, tous les biens ne valent rien quand la détermination fait défaut, quand manque aussi la capacité de se mobiliser autour d’un projet de société... ».
Ces mots du ministre des Finances soulignent que l’on attend encore les annonces fortes du premier ministre Paul pour bien comprendre où ce gouvernement compte mener la barque nationale.
Pas de projets clairs, fuite des capitaux (les sorties nettes de capitaux du système bancaire augmentent), étroitesse du marché local (Seulement 2 % de la population est en mesure de consommer l’équivalent d’au moins 10$/jour, rapport ONPES), comme si cela ne suffisait pas comme calamités, celui qui a été deux fois ministre de l’Economie et des Finances et deux fois ministre du Commerce et de l’Industrie, Wilson Laleau, a dressé un portrait sombre de la situation de notre pays : « La situation des finances publiques est bien connue :la contrainte budgétaire s’est resserrée ; les ressources de PetroCaribe se raréfient; le désastre financier de l’EDH est devenu insoutenable;  la notation très défavorable du pays sur les marchés financiers internationaux lui interdit l’accès à des capitaux privés non concessionnels », selon celui qui a déjà servi sous trois premiers ministres.

Pour Laleau, « le moment est venu de décréter l’état d’urgence économique et faire tout ce qui dépend de nous pour ressusciter l’espoir dans l’avenir, dans le pays. »
Le ministre a en outre confié dans son discours qu’au début du mandat de Michel Martelly, il avait refusé le poste  de ministre de l’Économie et des Finances.  L’équipe de transition (dont il faisait partie) militait avec énergie pour une transformation radicale de l’appareil administratif.

Il rêvait de prendre la tête d’un ministère du Développement économique qui  regrouperait les grandes fonctions stratégiques du ministère de la Planification et de la Coopération externe, du ministère de l’Économie et des Finances et celui du Commerce et de l’Industrie pour faire un grand Ministère responsable de la stratégie économique du pays. Tel était le projet en 2011 qui, encore une fois, restera dans les cartons.
En cette dernière année du mandat de Michel Martelly, l’économie mal gérée gâchera les élections, faut-il le rappeler… et tout fiasco électoral hypothéquera les années à venir. C’est bien le moment de décréter l’état d’urgence économique. Mais aura-t-on le temps de commencer à réfléchir ?