Des ingénieurs américains ont mis au point un accessoire de smartphone capable de dépister, entre autres, le sida en 15 minutes. "Une avancée supplémentaire" dans la lutte contre la maladie, assure le Pr. Delfraissy, spécialiste du virus.


C'est une invention qui pourrait être une avancée non négligeable dans la lutte contre le sida. Une équipe de chercheurs américains de l'Université de Columbia à New York a récemment mis au point un accessoire de smartphone capable de dépister en 15 minutes deux maladies sexuellement transmissibles et - toujours - mortelles : le sida et la syphilis.


Une innovation qui semble convaincre le Professeur Jean-François Delfraissy, spécialiste du virus à l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS). "C'est bien. C'est un test rapide à l'heure où la problématique du dépistage reste une priorité dans le monde. En France, par exemple, 30 000 personnes sont porteuses du virus et non dépistées [60 % d'entre elles sont à l'origine des contaminations chaque année dans le pays, selon l'Inserm]. Dépister est donc un problème majeur", précise l'éminent spécialiste.

Ce petit appareil, qui se fixe sur les portables, est capable de remplacer un laboratoire. Il reproduit toutes les fonctions mécaniques, optiques et électroniques d'un système d'analyses, ont précisé mercredi 4 février ses concepteurs dans la revue médicale américaine "Science Translational Medicine".


"Ce n'est pas une révolution"

"Ce n'est pas une révolution en soi, mais c'est une avancée supplémentaire dans la lutte contre la maladie", nuance toutefois le Pr. Delfraissy. "Les auto-tests [dispositif médical où le patient se pique lui-même le doigt pour prélever un échantillon de sang et l'analyser en quelques minutes] existent depuis plusieurs années aux États-Unis. Ils devraient arriver en France sans plus tarder [en juillet 2015]. L'avantage du smartphone, c'est qu'il est à la mode, en Europe comme sur le continent africain [...] L'auto-test sur mobile pourrait changer la donne en Afrique. Il pourrait pousser de nombreuses personnes à se faire dépister rapidement sans passer par un médecin".

Un enthousiasme partagé par Samuel Sia, professeur d'ingénierie biomédicale à l'Université Columbia à New York, principal auteur de cette invention. "Combiner la technique des microfluides avec les récentes avancées dans l'électronique grand public peut rendre certains diagnostics de laboratoire accessibles à presque toutes les populations ayant accès aux smartphones", explique le professeur ajoutant que "cela peut transformer la manière dont les services de santé sont prodigués partout dans le monde".


"Le regard sur la maladie a évolué"


Pour ne rien gâcher, l'appareil est une petite révolution économique. Suffisamment petit, solide et léger pour tenir dans une seule main, il peut être fabriqué à un coût usine de 34 dollars, soit nettement moins que les 18 450 dollars de l'équipement équivalent de laboratoire, selon les chercheurs. Surtout, il consomme peu d'électricité, un atout essentiel dans certains pays où la distribution électrique est aléatoire.


Reste la question de l'intermédiaire du corps médical entre le potentiel malade et le résultat du test. Sa disparition est-elle vraiment un progrès ? "Il y a dix ans, honnêtement, j'aurais certainement répondu que ces auto-tests ne sont pas raisonnables. Que la présence du médecin est indispensable à l'annonce de la nouvelle pour ne pas que le malade ne commette un acte désespéré ", explique le Pr. Delfraissy.


"Aujourd'hui, je pense toujours que l'intermédiaire médical est indispensable, mais j'estime aussi que le regard sur la maladie a évolué. Les gens savent que l'on peut vivre avec le sida, que c'est une maladie chronique. À mon avis, ils sont capables d'affronter un résultat positif, seul, avant de se faire accompagner par des professionnels. Les gens sont beaucoup plus matures qu'on ne le pense", assure, confiant, le spécialiste du sida.