1 128 policiers ont effectué, vendredi, leur entrée officielle au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH). Étant des gardiens de la paix, ils sont appelés dorénavant, comme beaucoup d’autres avant eux, à se mettre au service de toute une collectivité où l’ « indifférence et la provocation ne leur seront pourtant jamais loin ».

Sur l’esplanade de l’école de police à Frères, l’émotion est patente sur les visages des parents, des policiers. Ces derniers, après neuf mois de formation physique et théorique, sont au pied du mur et leur arrivée coïncide avec un moment crucial dans l’histoire de la PNH, comme l’indique son directeur général, Godson Orélus. « Cette nouvelle promotion va améliorer le ratio policier-population, un facteur déterminant dans la lutte contre le grand banditisme ». Ces policiers, le regard grave, constituent une bouffée d’oxygène pour une institution policière qui a besoin de bras, d’être revigorée et institutionnalisée davantage.

« Ils vont bientôt renforcer les structures territoriales et les unités spécialisées, permettre à la PNH de renouveler son engagement à offrir à la population un service de qualité », déclare Godson Orélus, sur un ton ferme, avant de prévenir les nouveaux gardiens de la paix, de l’ordre social. « La lutte ne sera pas facile. » Il les exhorte à faire de la loi leur boussole, sous les yeux des membres du corps diplomatique, de grands commis de l’État et du président de la République. «  Vous devriez être fermes dans vos convictions, soutient-il. Ne vous laissez pas appâter  par le gain facile. C’est ainsi que la PNH sortira victorieuse du combat contre la criminalité » 

« C’est un signe visible qui confirme que nous sommes en train de franchir une étape supplémentaire sur la route conduisant au renforcement de la PNH et à l’instauration de l’État de droit », renchérit Michel Martelly, soulignant que les ennemis de l’ordre, de la démocratie et de l’État de droit ne vont pas lâcher prise, comme pour appeler les flics à faire preuve de professionnalisme dans l’exercice de leurs fonctions. Rappelant que dans un pays comme le nôtre plongé dans une démocratie parfois mal comprise où il est normal que les comportements républicains ne soient pas encore entrés dans les mœurs, il insiste sur le fait que « les réactions personnelles doivent être toujours contrôlées ». 

Ici, des policiers se laissent parfois guider par leur instinct de « chef à l’haïtienne », perdant de vue tout ce qu’ils ont appris à l’école de police quand ils sont sur les lieux de travail. Le chef de l’État semble le comprendre. Il estime qu'« être policier est un métier passionnant au service de la collectivité et dont l’exercice est fait de sacrifices, du renoncement de soi et d’attachement aux valeurs comme l’intégrité, la neutralité, la fermeté… et le sens du dialogue ». Comme une ritournelle, Michel Martelly rappelle que le policier doit avoir pour boussole le cadre légal dans lequel ses interventions ont à se circonscrire, avant de préciser que « protéger et servir parfois dans un climat de fièvre sociale requiert intelligence, tact et sang-froid ».  
 
Passer à un effectif de 15 000 policiers en 2016

Michel Martelly dit reconnaître que la PNH s’est acquittée de sa tâche avec le sens de la mesure dans le tumulte des manifestations populaires qui s’agitent ces temps-ci à travers nos artères. « Les policiers ont dû maîtriser leurs instincts naturels de riposte pour ne pas mal réagir face à des agressions qui, parfois, frisent la provocation », a-t-il dit, dans un court discours en créole et en français.  « C’est ce sang-froid, cette maîtrise de soi, ce comportement mature que j’attends de vous », martèle-t-il, avant que les policiers, après avoir prêté serment, ne défilent pour l’appréciation de l’assistance. 

Entre l’écho de voix des gradués et leur défilé teinté de bravoure, le commandant en chef de la PNH leur rappelle la nécessité de respecter les valeurs morales et d’éviter la voie de la corruption. Aujourd’hui, la PNH compte 12 000 policiers dans ses rangs. L’objectif est de passer à 15 000 en 2016.  Godson Orélus souligne que les partenaires locaux et internationaux vont tout mettre en œuvre pour que cette échéance 2016 du plan de développement soit respectée, l’un des paramètres pour créer les conditions indispensables au départ des Casques bleus, accusés d’avoir réintroduit le choléra sur notre sol.